Pour la première fois, un émetteur majeur de stablecoins obtient une charte bancaire fédérale américaine. L’approbation finale de l’OCC accordée à Circle pour First National Digital Currency Bank, N.A. (Circle National Trust), annoncée le 10 juillet 2026, redéfinit les frontières entre finance traditionnelle et actifs numériques.
🔑 En bref
- Circle devient le premier grand émetteur de stablecoins à obtenir une charte nationale de trust auprès de l’OCC.
- La fiducie ne pourra pas émettre de stablecoins ni accorder de crédits ; elle n’est pas un établissement de dépôts assuré.
- USDC capitalise 73,3 milliards de dollars, deuxième stablecoin mondial derrière l’USDT (183,6 Mds$).
- L’action CRCL a progressé d’environ 16 % en pré-marché après l’annonce, dépassant 73 dollars.
- L’approbation s’inscrit dans le déploiement du GENIUS Act, premier cadre fédéral américain pour les « payment stablecoins ».
Le périmètre opérationnel de Circle National Trust
L’approbation de l’OCC transforme Circle en acteur bancaire fédéral, mais sous une forme strictement encadrée. L’entité First National Digital Currency Bank, N.A., qui opérera sous la marque Circle National Trust, sera placée sous la supervision directe du Comptroller of the Currency.
Selon la décision conditionnelle de décembre 2025, Circle National Trust « ne sera pas un établissement de dépôts assuré » et « n’émettra pas de stablecoins ». Cette distinction est centrale : la société mère Circle Internet Group demeure l’émetteur de l’USDC. La nouvelle fiducie agit comme entité distincte, dédiée à la conservation d’actifs numériques, sans droit d’accorder des prêts.
« Le périmètre de Circle National Trust est limité à la conservation d’actifs numériques, sans octroi de crédit et sans émission de stablecoins. »
Décision conditionnelle de l’OCC, décembre 2025
Vers une clientèle institutionnelle
Dans un premier temps, Circle National Trust fournira exclusivement des services de garde fiduciaire pour Circle et ses affiliés. Le plan d’affaires approuvé laisse cependant la porte ouverte à une expansion : à terme, l’entité pourrait offrir ses services à un nombre restreint de clients institutionnels, notamment des banques et des organisations régulées de dérivés.
La perspective la plus structurante concerne la gestion des réserves de l’USDC, aujourd’hui pilotée hors du périmètre bancaire. Si cette activité migre vers Circle National Trust, les 73,3 milliards de dollars de réserves basculeraient sous supervision fédérale, ajoutant une couche de transparence supplémentaire aux attestations mensuelles déjà publiées.
Treize mois pour convaincre l’OCC
Le parcours de Circle vers la charte nationale a débuté en juin 2025, avec le dépôt formel de la demande auprès de l’OCC. Pendant treize mois, l’entreprise a méthodiquement satisfait aux exigences prudentielles fédérales : gouvernance d’entreprise renforcée, cadres de conformité et adéquation des fonds propres.
Une étape décisive a été franchie en décembre 2025, lorsque l’OCC a accordé une approbation conditionnelle. Selon un porte-parole de Circle cité par American Banker, « Circle National Trust est autorisée à ouvrir à compter du 10 juillet 2026, et nous prévoyons d’ouvrir la banque peu après ». Les observateurs du secteur estiment que l’écart entre la charte et l’ouverture effective ne dépassera pas quelques jours.
« Cette approbation marque une étape décisive pour intégrer la technologie blockchain et les actifs numériques au cœur du système financier américain. »
Jeremy Allaire, co-fondateur et CEO de Circle Internet Group
USDC face à USDT : le pari de la transparence
L’approbation de l’OCC arrive à un moment charnière pour le marché des stablecoins. Selon CoinGecko, l’USDC se classe au deuxième rang mondial avec une capitalisation d’environ 73,3 milliards de dollars, contre 183,6 milliards de dollars pour l’USDT de Tether. Si l’écart reste considérable en valeur absolue, la dynamique relative joue en faveur de Circle : croissance annuelle de +16,7 % (vs 62,8 milliards un an plus tôt) et repli limité de -2,5 % depuis le début de l’année 2026.
| Métrique | USDC (Circle) | USDT (Tether) |
|---|---|---|
| Capitalisation (juillet 2026) | 73,3 Mds$ | 183,6 Mds$ |
| Variation annuelle | +16,7 % (vs 62,8 Mds$) | n.d. |
| Year-to-date 2026 | -2,5 % (vs 75,2 Mds$) | n.d. |
| Cadre réglementaire principal | GENIUS Act, MiCA, NYDFS | Hors périmètre US |
| Réserves attestées | Cash + T-Bills, attestations mensuelles | Divulgation limitée |
Selon CoinDesk, l’USDC a crû plus vite que l’USDT pour la deuxième année consécutive en 2025, portée par la demande institutionnelle pour des dollars numériques régulés. La mise en œuvre du GENIUS Act, premier cadre fédéral complet pour les payment stablecoins, amplifie cet avantage comparatif au détriment des émetteurs opérant hors du périmètre réglementaire américain.
GENIUS Act et tensions résiduelles : le dossier Coinbase
Le GENIUS Act (Guiding and Establishing National Innovation for U.S. Stablecoins Act) a posé les fondations légales qui rendent cette charte possible. Le texte impose notamment une couverture 1:1 par des actifs liquides de haute qualité (trésorerie et bons du Trésor américain à court terme), des obligations d’attestation publique et un régime de licence fédérale supervisé par l’OCC. Circle opère l’USDC selon des principes équivalents depuis sa création et respecte déjà ces standards dans sa structure actuelle.
Toutefois, le cadre du GENIUS Act crée une zone grise juridique avec l’arrangement de distribution passé avec Coinbase. Le dossier S-1 de Circle reconnaît que « plus la proportion d’USDC en circulation détenue sur la plateforme Coinbase est élevée, plus la part des revenus de réserve reversée à Coinbase est grande ». En 2024, Circle a versé environ 907,9 millions de dollars de commissions de distribution à Coinbase, un mécanisme économiquement proche d’un partage d’intérêts sur les avoirs en stablecoins.
« La question juridique centrale porte sur le point de savoir si Coinbase peut être considéré comme le détenteur de l’USDC stocké dans les portefeuilles hébergés par Coinbase. »
Columbia Law School, CLS Blue Sky Blog (11 décembre 2025)
La Section 4(a)(11) du GENIUS Act interdit aux émetteurs de stablecoins de verser « toute forme d’intérêt ou de rendement » aux détenteurs. Si les régulateurs considèrent que Coinbase agit comme détenteur de l’USDC conservé dans ses wallets de garde, les commissions versées par Circle pourraient être requalifiées en paiement d’intérêt, contrevenant potentiellement au texte. Cette ambiguïté n’est pour l’instant pas tranchée et constitue l’un des angles morts juridiques les plus suivis de l’industrie.
Implications sectorielles : l’élan des charters numériques
L’octroi de la charte à Circle s’inscrit dans une séquence plus large. Selon les dépôts réglementaires, l’OCC a approuvé plusieurs chartes nationales de trust destinées à la conservation d’actifs numériques et de devises fiat, dont Ripple National Trust, BitGo Bank & Trust N.A., Fidelity Digital Assets N.A. et Paxos Trust Company N.A. La décision dessine une approche coordonnée plutôt qu’un cas isolé.
« Ouvrir la possibilité pour les fintechs d’obtenir des chartes bancaires est bon pour la sécurité et la solidité du système bancaire et de la fintech dans son ensemble. »
Houston Frost, Chief Product Officer chez Usio
En parallèle, le lancement d’Arc, blockchain « stablecoin-native » pour laquelle Circle a levé 222 millions de dollars en mai 2026, ajoute une nouvelle dimension stratégique. Une analyse de Forbes souligne qu’un émetteur possédant le rail sur lequel son USDC se règle est le conflit que le GENIUS Act n’a pas abordé. Les analystes de KeyBank tempèrent néanmoins : la charte « éloigne davantage Circle de ses pairs moins régulés », avec un impact financier « plus incrémental que transformatif » à court terme.
Conclusion
L’approbation finale de l’OCC transforme un acteur crypto-natif en institution bancaire fédérale, sous un périmètre strictement défini. Pour Circle, l’enjeu est désormais de convertir un avantage réglementaire en avantage commercial, en étendant progressivement la garde institutionnelle et, à terme, la gestion des réserves d’USDC.
Trois scénarios se dessinent à moyen terme. Scénario optimiste : la gestion des réserves migre vers Circle National Trust, renforçant la prime de transparence et la part de marché face à l’USDT. Scénario neutre : la charte demeure un atout stratégique sans déclencher d’accélération brutale des volumes. Scénario prudent : une interprétation restrictive de la Section 4(a)(11) du GENIUS Act oblige Circle à restructurer ses accords avec Coinbase. Quelle que soit l’issue, le précédent est posé : un émetteur de stablecoins peut désormais opérer sous contrôle fédéral direct.
Sources
- Cointelegraph — USDC issuer Circle wins final approval for US national trust bank charter
- American Banker — Circle is granted a trust bank charter from the OCC (10 juillet 2026)
- FinTech Global — Circle wins OCC approval for national trust bank (10 juillet 2026)
- Office of the Comptroller of the Currency — Corporate Decision #1367 (février 2026)
- Circle Blog — Circle’s GENIUS Act Readiness and Path Forward
- Columbia Law School, CLS Blue Sky Blog — Circle, Coinbase, and the Prohibition on Interest Under the GENIUS Act (11 décembre 2025)
- CoinDesk — Circle’s USDC outpaces growth of Tether’s USDT for second year running (6 janvier 2026)
- Forbes — Circle Is Becoming A Chain, And That Is The Conflict GENIUS Missed (25 mai 2026)
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

