Les stablecoins ressemblent davantage aux ETF qu’à la monnaie, selon la BRI

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Les stablecoins ressemblent davantage aux ETF qu’à la monnaie, selon la BRI

La Banque des règlements internationaux a publié en mai 2026 un rapport définitif établissant que les stablecoins dollarisés, comme le USDT de Tether et l’USDC de Circle, ressemblent davantage à des fonds négociés en bourse qu’à de la monnaie au sens strict du terme. L’institution basée à Bâle exhorte la communauté internationale à coordonner la régulation de ce marché de 300 milliards de dollars avant que la fragmentation réglementaire n’alimente des risques systémiques majeurs pour la stabilité financière mondiale.

Contexte

Les stablecoins ont connu une croissance exponentielle depuis l’approbation des premiers ETF Bitcoin par la Securities and Exchange Commission américaine en janvier 2024. Le marché représente désormais près de 300 milliards de dollars de capitalisation agrégée, avec des volumes de transactions dépassant 4,5 billions de dollars au premier trimestre 2026, soit une multiplication par quatre en l’espace de dix-huit mois.

Cette expansion sans précédent a transformé les stablecoins en infrastructure de paiement de facto pour des millions d’utilisateurs à travers le monde. Leur adoption s’est étendue du trading crypto sur les plateformes d’échange décentralisées aux paiements transfrontaliers de détail, en passant par les envois de fonds des travailleurs migrants et les règlements commerciaux entre entreprises de toutes tailles.

Cette diffusion massive a naturellement poussé les autorités monétaires et réglementaires à examiner avec une attention nouvelle leur nature juridique, leur modèle de réserve et leur impact potentiel sur la stabilité financière. Le cabinet Goldman Sachs, dans une étude publiée début 2026, a identifié la réforme réglementaire comme le principal catalyseur de la prochaine vague d’adoption institutionnelle, les entreprises d’infrastructure crypto étant selon lui les mieux placées pour bénéficier de cette croissance avec une exposition réduite aux cycles traditionnels du trading.

Parallèlement, les cadres réglementaires se sont considérablement durcis. Aux États-Unis, la loi GENIUS Act adoptée fin 2025 impose aux émetteurs de stablecoins des réserves composées exclusivement d’actifs de première qualité à liquidité immédiate, avec des vérifications de réserve en temps réel via des mécanismes de preuve tamper-proof. En Europe, le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets Regulation) a établi un cadre tout aussi strict, harmonisé à l’échelle des vingt-sept États membres de l’Union européenne.

Les faits

Le rapport BIS Papers No 170, rédigé par les économistes Iñaki Aldasoro, Jon Frost et Hiro Ito du département monétaire et économique de la Banque des règlements internationaux, analyse les stablecoins à travers le prisme des trois fonctions traditionnelles de la monnaie : moyen de paiement, réserve de valeur et unité de compte. Sa conclusion principale est sans appel : les jetons dollarisés ne satisfont actuellement aucune de ces trois fonctions de manière pleinement optimale.

 » Les émetteurs actuels comme Tether et Circle présentent des caractéristiques ressemblant davantage à des titres financiers qu’à de la monnaie en raison des frictions inhérentes à leurs mécanismes de création et de remboursement « , a déclaré Pablo Hernández de Cos, directeur général de la BRI, lors d’un séminaire de la Banque du Japon organisé à Tokyo le 20 avril 2026. Il a spécifiquement cité les frais de création facturés par les émetteurs, les conditions de remboursement variables selon les plateformes, et les cas documentés où les prix sur les marchés secondaires ont déviè de manière significative de la parité théorique de un dollar.

Le rapport souligne également que les risques de fragmentation réglementaire entre juridictions pourraient exacerber les tensions sur les marchés, en particulier dans les économies émergentes confrontées à des phénomènes de dollarisation partielle. Sans coordination internationale, les pratiques d’arbitrage réglementaire pourraient permettre à des émetteurs moins rigoureux de capturer des parts de marché au détriment de la stabilité systémique.

Le parallèle structural avec les ETF mérite d’être développé. À l’instar d’un fonds négocié en bourse, un stablecoin est créé contre un dépôt de garanties libellées en actifs sous-jacents, peut être échangé sur des marchés secondaires décentralisés ou centralisés, et sa valeur de marché fluctuate marginalement autour de sa valeur nominale. Cette analogie structurelle implique des implications importantes en termes de classification réglementaire, d’exposition aux risques de marché et de>Required politique monétaire.

En Europe, la mise en application progressive du règlement MiCA a imposé aux émetteurs de stablecoins des exigences de transparence et de constitution de réserve comparables à celles du cadre américain. Les stablecoins conformes détiennent désormais des actifs de première qualité, principalement des bons du Trésor à court terme émis par les gouvernements du G7, avec des rendements compressés dans une fourchette de 3 à 5 pour cent annuel. Les stablecoins algorithmiques, en revanche, font face à des restrictions significatives voire à des interdictions directes dans les principales juridictions, ce qui a provoqué une migration progressive des volumes vers les modèles adossés à des réserves fiat.

Analyse

Le parallèle avec les ETF mis en avant par la BRI n’est pas qu’une simple analogie rhétorique. Il traduit une réalité structurelle profonde : les stablecoins modernes héritent des mécanismes financiers des fonds négociés tout en opéraquant dans un cadre réglementaire encore largement en construction. Cettehybridation fonctionnelle explique pourquoi les autorités monétaires s’inquiètent de leur impact potentiel sur la transmission de la politique monétaire et sur la stabilité du système financier.

L’ancien chef économiste du Fonds monétaire international a formulé une mise en garde détaillée sur les risques systémiques découlant de cette configuration. Son analyse insiste sur le danger d’un assouplissement simultané de la régulation des stablecoins et de celle des banques commerciales. Dans un tel scénario, les interconnexions entre les deux secteurs pourraient créer des canaux de transmission de choc, permettant à des turbulences survenues dans l’écosystème crypto de se propager vers le système bancaire traditionnel avec des effets amplifiés.

La BRI va plus loin en proposant des solutions structurelles concrètes. L’institution estime que l’accès à l’assurance des dépôts ou aux facilités de prêt de la banque centrale  » atténuerait considérablement  » le risque de ruée sur les stablecoins en cas de perte de confiance. Cette suggestion s’apparie aux discussions actuellement en cours au Congrès américain concernant la Digital Asset Market Clarity Act, dont un compromis sur la question du rendement des stablecoins pourrait débloquer une markup législative décisive pour le secteur.

Sur le plan de la politique monétaire internationale, la fragmentation réglementaire risque de créer des havres de régulation où des émetteurs moins contrôlés pourraient accumuler des positions systémiques avant que les régulateurs nationaux ne détectent les risques. Cette dynamique d’ évasion réglementaire a déjà été observée dans d’autres segments de la finance décentralisée et les autorités craignent qu’elle ne se reproduise à l’échelle des stablecoins si une coordination mondiale ne voit pas le jour rapidement.

Réactions du marché

Les réactions des acteurs du marché ont été contrastées mais,ement constructives. Du côté des émetteurs établis, Tether et Circle ont publiés des rapports de réserve détaillés dépassant les exigences minimales fixées par les nouvelles réglementations. Tether a notamment renforcé ses mécanismes de vérification en temps réel, tandis que Circle a obtenu plusieurs certifications indépendantes confirmant la pleine couverture de ses émissions par des réserves conformes.

Du côté des acteurs financiers traditionnels, l’adoption a continué de s’accélérer. Mastercard a annoncé l’acquisition de BVNK, une plateforme d’infrastructure crypto, pour la somme de 1,8 milliard de dollars, afin d’intégrer la technologie stablecoin au cœur de son réseau mondial de paiement. Cette opération marque la volonté des géants du paiement traditionnel de se positionner sur le créneau naissant des règlements instantanés en stablecoins entre institutions financières.

MoneyGram a étendu son produit de solde stablecoin à El Salvador, pays qui avait déjà légalisé le bitcoin comme moyen de paiement en 2021. Tether a lancé un portefeuille autonome multi-blockchain certifié, permettant aux utilisateurs de détenir et de transférer des USDT sur une dozen de réseaux différents sans avoir à passer par les services d’échange centralisés. Parallèlement, la vitesse de rotation des stablecoins a doublé, passant de 2,6 fois à 6 fois, indiquant un basculement progressif de l’usage vers des fonctions de moyen d’échange plutôt que de réserve de valeur.

En Asie, les stablecoins dominent largement les paiements avec près de deux tiers du volume mondial, tirés par l adoption massive dans les économies en développement d’Asie du Sud-Est et par les transferts de fonds depuis les marchés du Golfe. Les transactions de consommation à entreprise ont bondi de 128 pour cent en glissement annuel pour atteindre 284,6 millions d’unités en 2025, démontrant l’intégration croissante de ces instruments dans le commerce de détail.

Perspectives

Au-delà des considérations de marché, la question de l’intégration des stablecoins dans les infrastructures financières traditionnelles soulève des enjeux de souveraineté monétaire. Plusieurs banques centrales ont déjà engagé des réflexions sur l’opportunité d’émettre leurs propres versions de stablecoins de banque centrale, inspirées des travaux de la BRI sur les CBDC wholesale. Cette convergence potentielle entre stablecoins privés et CBDC pourrait profondément transformer l’architecture des systèmes de paiement internationaux dans la prochaine décennie.

La BRI et le Conseil de stabilité financière ont solennellement appelé à une coordination mondiale avant que des cadres réglementaires nationaux divergents ne fragmentent irrémédiablement le marché. Sans reconnaissance mutuelle entre régimes réglementaires et sans accords de partage d’information entre autorités nationales, le marché stablecoin restera cloisonné, limitant son potentiel d’inclusion financière pour les économies en développement et maintenant les coûts de transaction à des niveaux plus élevés que nécessaire.

Les scénarios à moyen terme se répartissent entre deux trajectoires distinctes. La trajectoire optimiste suppose la conclusion d’un accord-cadre international inspiré du règlement MiCA européen et de la loi GENIUS américaine, avec une reconnaissance croisée des normes de réserve et des mécanismes de supervision. Cette convergence permettrait une intégration progressive des stablecoins dans les systèmes de paiement traditionnels, avec des benefits tangibles en termes de réduction des coûts de transfert pour les particuliers et les entreprises.

La trajectoire pessimiste verrait une prolifération de réglementations contradictoires, créant des incitations à l’arbitrage international et provoquant des ruées sur les émetteurs les moins capitalisés ou les moins transparents. Un tel scénario pourrait restaurer temporairement la confiance dans les actifs les plus réglementés tout en provoquant un repli de l’adoption dans les marchés les plus strictement contrôlés.

Pour les investisseurs et les entreprises, le facteur de risque principal a désormais vers la conformité réglementaire plutôt que vers le dérapage de parité. Les tokens non régulés font face à des problèmes croissants de liquidité de sortie sur les plateformes d’échange centralisées, tandis que les émetteurs pleinement conformes gagnent en crédibilité institutionnelle et en accès aux infrastructures financières traditionnelles. La fin de la fenêtre d’opportunité pour les acteurs non conformes semble désormais en vue.

Sources

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