Les marchés de prédiction décentralisés indiquent une probabilité écrasante de 94% pour la nomination de l’ancien gouverneur de la Réserve fédérale, dans un contexte de tensions croissantes autour de l’indépendance de la banque centrale américaine.
L’Annonce Imminente qui Fait Trembler les Marchés
Le président Donald Trump a confirmé jeudi 29 janvier 2026 qu’il révélera vendredi 30 janvier son choix pour succéder à Jerome Powell à la tête de la Réserve fédérale américaine. Cette décision, attendue depuis des mois, met fin à un processus de sélection qui a captivé Wall Street, les marchés crypto et les économistes du monde entier. « Ce sera quelqu’un de très respecté, quelqu’un que tout le monde connaît dans le monde financier », a déclaré Trump lors d’une projection du documentaire « Melania ».
Les marchés de prédiction décentralisés ont réagi avec une rapidité remarquable. Sur Polymarket, la principale plateforme de paris sur les événements du monde réel, les probabilités en faveur de Kevin Warsh ont explosé, passant de 35% à 92% en l’espace de quelques heures après la rencontre entre Warsh et Trump à la Maison-Blanche jeudi. Ces chiffres s’appuient sur un volume de transactions impressionnant dépassant les 306 millions de dollars, témoignant de l’ampleur de l’intérêt pour cette nomination cruciale.

Qui Est Kevin Warsh ? Portrait d’un Faucon Monétaire Pragmatique
Kevin Warsh, 55 ans, originaire d’Albany dans l’État de New York, n’est pas un inconnu du système de la Réserve fédérale. Diplômé en économie et sciences politiques de l’Université Stanford, puis de la Harvard Law School et de la Harvard Business School, il a construit une carrière impressionnante qui l’a mené des sommets de Wall Street aux couloirs du pouvoir à Washington.
Du Trading Floor à la Fed
Entre 1995 et 2002, Warsh a gravi les échelons de Morgan Stanley & Co., où il a travaillé dans le département des fusions-acquisitions, atteignant le poste de vice-président et directeur exécutif. Cette expérience lui a fourni une connaissance intime des marchés financiers qui s’est révélée inestimable lors de la crise financière de 2008.
En 2002, il rejoint l’administration du président George W. Bush en tant qu’assistant spécial pour la politique économique et secrétaire exécutif du Conseil économique national. En 2006, Bush le nomme gouverneur de la Réserve fédérale. À 35 ans, Warsh devient alors la plus jeune personne à occuper ce poste.
Architecte de la Réponse à la Crise de 2008
Durant la crise financière, Warsh a joué un rôle central dans la formulation de la stratégie de la Fed sous la direction de Ben Bernanke. Il a participé à la création des facilités de prêt d’urgence (TAF, TSLF, PDCF) qui ont empêché l’effondrement total du système financier. Notamment, il a négocié la survie de son ancien employeur Morgan Stanley en septembre 2008, obtenant une dérogation pour traiter avec l’institution qui s’est transformée en société de portefeuille bancaire le lendemain.
La Rupture avec le Quantitative Easing
Cependant, Warsh s’est progressivement éloigné de la politique monétaire ultra-accommodante de la Fed post-crise. Dès 2009, il mettait en garde contre le fait que les liquidités de la Fed constituaient un « substitut médiocre » au fonctionnement normal des marchés privés. En juin 2010, il déclare que la Fed a dépassé « le point des rendements décroissants » du QE.
Cette divergence philosophique culmine avec sa démission en mars 2011, après que la Fed ait annoncé un deuxième cycle d’assouplissement quantitatif (QE2) impliquant l’achat de 600 milliards de dollars d’obligations. Dans une tribune du Wall Street Journal, il critique cette stratégie comme étant « limitée, circonscrite et sujette à révision régulière ». Son départ anticipé – son mandat devait initialement se terminer en janvier 2018 – soulignait son désaccord profond avec l’orientation de la politique monétaire.
La Philosophie Économique de Warsh : « L’Inflation Est Un Choix »
Depuis son départ de la Fed, Warsh est devenu Distinguished Visiting Fellow à la Hoover Institution de Stanford, où il a développé une critique systématique de la politique monétaire américaine. Son message central : « L’inflation est un choix ».
Le « Reset Stratégique » de la Fed
Warsh plaide pour un « reset stratégique » de la Réserve fédérale, visant à restaurer sa crédibilité érodée. Sa prescription est audacieuse et potentiellement révolutionnaire : réduire agressivement le bilan de la Fed tout en abaissant modérément les taux d’intérêt. Cette combinaison inhabituelle repose sur l’idée que le bilan gonflé de la Fed (actuellement environ 6,5 trillions de dollars) maintient artificiellement les taux à long terme élevés et alimente les attentes inflationnistes.
« Si nous faisions tourner la planche à billets un peu plus silencieusement, nous pourrions alors avoir des taux d’intérêt plus bas », explique Warsh dans une interview à la Hoover Institution. Il argumente que réduire le bilan de la Fed retirerait la liquidité excessive du système, permettant paradoxalement de baisser les taux directeurs sans déclencher d’inflation.
Productivité, IA et Désinflation
Warsh est également un optimiste technologique. Il soutient que les gains de productivité générés par l’intelligence artificielle sont désinflationnistes, justifiant des baisses de taux substantielles sans risque inflationniste. Cette vision contraste avec l’orthodoxie économique traditionnelle qui associe croissance économique forte et pressions inflationnistes.
« Nous devrions abandonner le dogme selon lequel l’inflation est causée lorsque l’économie croît trop et que les travailleurs sont trop bien payés », écrit-il. Pour Warsh, une productivité améliorée et des chaînes d’approvisionnement rationalisées peuvent permettre simultanément une croissance plus forte, un emploi élevé et une inflation faible.
Polymarket : Le Baromètre Décentralisé des Marchés de Prédiction
L’ascension fulgurante de Warsh dans les cotes de Polymarket illustre le rôle croissant des marchés de prédiction décentralisés dans l’analyse politique et économique moderne.
Comment Fonctionne Polymarket
Polymarket est une plateforme de marché de prédiction décentralisée construite sur Polygon, une solution Layer-2 d’Ethereum. Les utilisateurs achètent des parts représentant la probabilité qu’un événement se produise, utilisant le stablecoin USDC pour parier. Chaque événement crée deux ensembles de parts – OUI et NON – dont le total équivaut toujours à 1 dollar.
Si vous croyez qu’un événement va se produire, vous achetez des parts OUI au prix actuel du marché. Si l’événement se réalise comme prévu, vos parts valent 1$ chacune. Sinon, elles deviennent sans valeur. Ce système permet aux utilisateurs de profiter de leurs connaissances et prédictions sur divers événements, des élections politiques aux résultats sportifs.
Une Précision Remarquable
Des recherches récentes menées par le data scientist Alex McCullough révèlent que Polymarket atteint environ 90% de précision dans la prévision des événements un mois à l’avance, avec une précision culminant à 94-95% quelques heures avant l’événement. Cette performance surpasse souvent les sondages et les prévisions d’experts traditionnels.
L’étude de McCullough, basée sur des tableaux de bord Dune Analytics, a examiné les données historiques de Polymarket tout en excluant les marchés où les probabilités dépassaient 90% ou tombaient en dessous de 10% pour éviter des résultats faussés. Le score de Brier de Polymarket – une méthode standard pour évaluer la précision des prévisions – s’établit à 0,0565, indiquant une forte calibration entre les probabilités prévues et les résultats réels.
Le Marché de la Nomination Fed : 306 Millions de Dollars en Jeu
Le marché Polymarket sur la nomination du président de la Fed a généré un volume de transactions stupéfiant de 306 millions de dollars, ce qui en fait l’un des marchés les plus actifs de la plateforme. Ce volume massif suggère que les traders ont réellement « skin in the game » – leur argent est en jeu, ce qui incite à l’exactitude plutôt qu’aux opinions purement spéculatives.
Au 30 janvier, les probabilités sur Polymarket montrent :
- Kevin Warsh : 94%
- Rick Rieder : 3,7%
- Judy Shelton : 1,8%
- Christopher Waller : 0,9%
- Kevin Hassett : 0,8%
Cette concentration écrasante sur Warsh reflète les informations convergentes provenant de multiples sources médiatiques – Bloomberg, Reuters, CNN – toutes rapportant que l’administration Trump se prépare à le nominer.
Implications pour les Marchés Crypto : Un Vent Contraire à Court Terme ?
La nomination potentielle de Warsh suscite des inquiétudes dans la communauté crypto, principalement en raison de sa position sur la réduction du bilan de la Fed et sa vision critique des cryptomonnaies.
Réduction du Bilan = Moins de Liquidité
Le marché des cryptomonnaies a historiquement prospéré dans un environnement de liquidités abondantes. L’expansion du bilan de la Fed de moins de 1 trillion de dollars avant 2008 à un pic de 8,9 trillions en 2022 a coïncidé avec l’essor spectaculaire de Bitcoin et de l’ensemble de l’écosystème crypto.
La position de Warsh en faveur d’une réduction agressive du bilan – ce qu’on appelle le quantitative tightening (QT) – pourrait donc exercer une pression à la baisse sur les actifs risqués, y compris les cryptomonnaies. « La position anti-QE de Warsh pourrait remodeler l’environnement de liquidité qui a soutenu les actifs à risque, y compris les cryptomonnaies, depuis 2008 », note un rapport de Bloomberg.
Bitcoin a Réagi Négativement
Les marchés crypto ont immédiatement réagi à l’annonce de Trump. Bitcoin a chuté de 2,7% à 82 089,96 $, tandis qu’Ethereum a plongé de 2,8% à 2 738,30 $ vendredi matin. Les contrats à terme S&P 500 e-mini ont glissé de 0,4%, et les contrats Nasdaq e-mini ont baissé de 0,5%.
« Voici le point de vue honnête », explique un analyste sur Binance Square. « Si Kevin Warsh est sélectionné, ne soyez pas haussier simplement parce que Trump parle de baisses de taux. C’est une figure très traditionnelle, et ce qui compte, c’est comment la politique est réellement exécutée une fois qu’il est dans le fauteuil. C’est pourquoi BTC a bougé comme il l’a fait ».
Une Vision Sceptique des Cryptos
Warsh n’a jamais caché son scepticisme envers les cryptomonnaies. Dans une tribune du Wall Street Journal en novembre 2022, il a critiqué les cryptomonnaies comme « se faisant passer pour de l’argent », affirmant : « La cryptomonnaie est un terme impropre. Ce n’est ni mystérieux ni de l’argent. C’est plutôt un logiciel ».
Sa position sur Bitcoin est nuancée : il reconnaît sa valeur potentielle en tant que réserve de valeur, similaire à l’or, mais rejette son utilisation comme moyen de paiement en raison de sa volatilité excessive. « La volatilité des prix de Bitcoin diminue considérablement son utilité en tant qu’unité de compte fiable ou moyen de paiement efficace », a-t-il écrit. « Bitcoin pourrait, cependant, servir de réserve de valeur durable, comme l’or ».
L’Enjeu : L’Indépendance de la Réserve Fédérale en Péril
La nomination du prochain président de la Fed se déroule dans un contexte de tensions sans précédent entre la Maison-Blanche et la banque centrale.
Les Attaques de Trump Contre Powell
Depuis le début de son second mandat en janvier 2025, Trump a intensifié ses critiques contre Jerome Powell, qu’il a lui-même nommé en 2018. Le président a baptisé Powell « Too Late » (« Trop Tard »), l’accusant de réagir trop lentement aux conditions économiques et de maintenir les taux trop élevés.
En août 2025, Trump a tenté de démettre la gouverneure de la Fed Lisa Cook, l’accusant de fraude sans preuve. La Cour suprême examine actuellement cette affaire, avec des justices des deux bords politiques exprimant des inquiétudes sur les implications pour l’indépendance de la Fed.
L’Enquête Criminelle du DOJ
Le conflit a atteint son paroxysme en janvier 2026 lorsque le Département de la Justice a ouvert une enquête criminelle sur Powell concernant son témoignage au Congrès sur les rénovations du siège de la Fed. En réponse, Powell a pris la mesure inhabituelle de publier une déclaration vidéo le 12 janvier, qualifiant l’enquête de « prétexte » visant à éroder l’indépendance de la Fed.
« La menace d’accusations criminelles découle du fait que la Réserve fédérale fixe les taux d’intérêt sur la base de notre évaluation de ce qui servira le public, plutôt que de suivre les préférences du président », a déclaré Powell. « Cette question tourne autour de la capacité de la Fed à continuer d’établir les taux d’intérêt sur la base de faits et de circonstances économiques – ou si la politique monétaire sera plutôt influencée par la pression politique ou la coercition ».
Conclusion : Un Moment Décisif pour la Fed et les Marchés
La nomination imminente de Kevin Warsh comme président de la Réserve fédérale représente potentiellement le tournant le plus significatif dans la politique monétaire américaine depuis l’ère Volcker des années 1980. Son « reset stratégique » – combinant baisses de taux agressives avec une réduction drastique du bilan de la Fed – est une expérience audacieuse qui pourrait soit restaurer la crédibilité de la banque centrale, soit créer une nouvelle ère d’instabilité économique.
Pour les marchés crypto, les perspectives à court terme semblent difficiles. La réduction du bilan de la Fed signifie moins de liquidité dans le système financier, ce qui a historiquement pesé sur les actifs à risque comme Bitcoin. La vision sceptique de Warsh sur les cryptomonnaies en tant que monnaies ajoute une couche supplémentaire d’incertitude.
Cependant, certains analystes voient une lueur d’espoir à long terme. Si l’approche de Warsh restaure effectivement la confiance dans le dollar et la Fed, tout en permettant une croissance économique saine, cela pourrait créer un environnement plus stable pour l’innovation crypto. Et si sa foi dans la discipline du marché tient, Bitcoin pourrait enfin avoir l’occasion de prouver sa valeur en tant qu’actif décorrélé et réserve de valeur.
Les marchés de prédiction décentralisés, avec leurs 94% de probabilité en faveur de Warsh, ont parlé clairement. Maintenant, le monde attend l’annonce officielle de Trump vendredi matin. La question n’est plus qui sera nommé, mais plutôt comment cette nomination remodèlera le paysage économique et financier mondial pour les années à venir.
Sources : The Block, Bloomberg, Reuters, CNN, Polymarket


