🚨 « Cryptorapts » en France : Quand les Détenteurs de Cryptomonnaies Deviennent des Cibles

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La France est devenue l’épicentre mondial des agressions physiques visant les détenteurs de cryptomonnaies. Depuis début 2025, plus d’une vingtaine de cas d’enlèvements, séquestrations et agressions violentes ont été recensés sur le territoire français, soit près de 30% des affaires signalées dans le monde. En ce début 2026, la situation ne fait qu’empirer : 11 agressions physiques ont été signalées en France rien que dans les six premières semaines de l’année, représentant environ 80% de tous les incidents mondiaux sur cette période.


L’affaire Balland : le point de départ d’une série noire

Tout a basculé le 21 janvier 2025. David Balland, cofondateur de la célèbre entreprise française Ledger, et sa compagne sont enlevés à leur domicile de Vierzon, dans le Cher, au petit matin. Les ravisseurs séparent immédiatement les deux victimes et contactent Éric Larchevêque, un autre cofondateur de Ledger, pour exiger une rançon de 10 millions d’euros en cryptomonnaies. Pour exercer une pression maximale, les kidnappeurs n’hésitent pas à mutiler la main de David Balland, lui sectionnant un doigt.

La gendarmerie nationale déploie immédiatement des moyens considérables : 50 militaires du Groupement de gendarmerie du Cher, puis 80 enquêteurs au total. En moins de trois jours, les deux victimes sont retrouvées et dix malfaiteurs interpellés. L’enquête permettra plus tard d’identifier le cerveau présumé du réseau : Badiss Mohamed Amide Bajjou, un Franco-Marocain de 24 ans, interpellé au Maroc fin juin 2025 grâce à la coopération internationale.


Mai 2025 : le mois le plus noir

Le mois de mai 2025 marque un pic de violence avec au moins quatre affaires déclarées en quelques semaines :

  • 1er mai : le père d’un crypto-millionnaire (ancien joueur de poker devenu investisseur crypto) est enlevé en plein Paris. Les ravisseurs lui sectionnent un doigt et réclament entre 5 et 7 millions d’euros de rançon. L’homme est retrouvé 58 heures plus tard après une course contre la montre mobilisant les unités les plus spécialisées de la police parisienne.
  • 13 mai : tentative d’enlèvement spectaculaire en plein jour dans le 11e arrondissement de Paris. La cible est la fille de Pierre Noizat, PDG de la plateforme d’échange Paymium, accompagnée de son fils de 2 ans. Quatre hommes masqués surgissent d’un van, mais la femme résiste avec l’aide de son mari et d’un voisin armé d’un extincteur, forçant les assaillants à fuir.
  • Mi-mai : un complot d’enlèvement est déjoué en Normandie et une tentative avortée à Nantes, où la police intercepte une dizaine de criminels masqués disposant de deux fourgons.

À la suite de ces événements, les autorités françaises mènent une vaste opération les 26 et 27 mai. Au total, 25 personnes sont inculpées, dont six mineurs. Les suspects sont âgés de 16 à 23 ans et viennent de divers horizons. Les enquêteurs estiment qu’il s’agit de « petites mains » recrutées via les réseaux sociaux pour quelques milliers d’euros par des organisations criminelles opérant depuis l’étranger.


La réponse du gouvernement français

La réunion d’urgence de Bruno Retailleau

Face à l’ampleur du phénomène, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau convoque une réunion d’urgence le 16 mai 2025 avec les acteurs du secteur crypto, le préfet de police de Paris, les directeurs généraux de la police et de la gendarmerie, ainsi que l’Association pour le développement des actifs numériques (ADAN).

📋 Quatre mesures immédiates annoncées :

  • Accès prioritaire au 17 pour les professionnels du secteur crypto
  • Consultation de sûreté des domiciles par les référents sûreté de la police et de la gendarmerie
  • Briefings sécurité assurés par les unités d’élite (GIGN, RAID, BRI) au profit des acteurs les plus exposés et de leurs familles
  • Double point de contact : le 17 pour les urgences et le Commandement du Cyberespace (ComCyberMI) pour l’accompagnement de la filière

Répression sévère prévue par la loi

Le ministère de l’Intérieur rappelle que les actes d’enlèvement et de séquestration avec mutilation pour obtenir une rançon sont punis de 30 ans de réclusion criminelle, sans possibilité de réduction de peine, y compris lorsque la victime est relâchée avant l’intervention des forces de l’ordre (article 224-2 du Code pénal).

Le PNACO : une réponse structurelle en 2026

Le 5 janvier 2026, un Parquet national anticriminalité organisée (PNACO) est officiellement lancé, piloté par la magistrate Vanessa Perrée. Conçu initialement pour lutter contre le narcotrafic, ce nouveau parquet spécialisé se saisit immédiatement des affaires de « cryptorapts ». Dès ses premières semaines d’existence, il reprend la main sur au moins quatre dossiers d’enlèvements liés aux cryptomonnaies. Le PNACO dispose de 16 magistrats et de 170 dossiers au total.


2026 : l’accélération inquiétante se poursuit

Les premières semaines de 2026 confirment une tendance alarmante avec une série d’incidents graves à travers la France :

🗓️ Décembre 2025 – Charente-Maritime

À Dompierre-sur-Mer, près de La Rochelle, un couple est séquestré et violenté par trois individus cagoulés qui les forcent à transférer 8 millions d’euros en cryptoactifs. L’homme, qui travaille dans le secteur des cryptomonnaies, est hospitalisé. L’enquête est confiée à la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes.

🗓️ 14-15 janvier 2026 – Sallanches (Haute-Savoie)

Un couple de retraités — elle était enseignante, lui médecin — est kidnappé à son domicile dans un hameau de Sallanches. Les ravisseurs exigent une rançon de 8 millions d’euros en cryptomonnaies à leur fils, qui travaille dans le secteur. Des vidéos des sévices infligés aux victimes sont envoyées au fils pour accélérer le paiement. Le couple est retrouvé le 16 janvier à Montélimar, dans la Drôme, sérieusement blessé et hospitalisé.

🗓️ 25 janvier 2026 – Voiron (Isère)

Un homme de 74 ans est enlevé à son domicile par quatre individus armés de couteaux et de fusils à pompe. Les ravisseurs réclament 3 millions d’euros en cryptomonnaies à son fils, expatrié à l’étranger. La BRI intervient et libère la victime à Loriol, dans la Drôme. Trois suspects sont arrêtés à Lyon, puis un quatrième est interpellé.

🗓️ 4-5 février 2026 – Saint-Martin-le-Vinoux (Isère)

Une magistrate de 35 ans et sa mère de 67 ans sont enlevées à leur domicile par un commando qui défonce la porte en pleine nuit. Le compagnon de la magistrate, dirigeant d’une société lyonnaise spécialisée dans le Bitcoin, reçoit une photo de sa compagne accompagnée de menaces de mutilation. Les deux femmes sont séquestrées pendant 30 heures dans un garage à Bourg-lès-Valence, dans la Drôme, avant de parvenir à se libérer elles-mêmes en profitant de l’absence de leurs geôliers. Six suspects sont arrêtés, dont un mineur.

🗓️ 12 février 2026 – Val-de-Marne (tentative contre le PDG de Binance France)

David Prinçay, patron de la division française de Binance (la plus grande plateforme crypto au monde), est visé par une tentative de home-jacking. Trois hommes cagoulés et armés forcent l’entrée de son immeuble résidentiel vers 7h du matin. Ne trouvant pas Prinçay, les assaillants fouillent l’appartement vide et ne repartent qu’avec deux téléphones portables. Les trois suspects sont interceptés le jour même en gare de Lyon-Perrache grâce à la vidéosurveillance.


Le rôle des fuites de données : l’affaire Waltio

L’un des facteurs aggravants de cette vague de violence est la fuite de données de la plateforme fiscale crypto Waltio. Plus de 5 000 détenteurs français de cryptomonnaies ont vu leurs informations personnelles exposées sur le dark web depuis le 24 décembre 2025, selon la firme Brinztech.

Les données compromises incluent les noms, prénoms, adresses e-mail, numéros de téléphone et statuts de résidence fiscale des utilisateurs. Un hacker a publiquement affirmé sur le forum BreachForums que trois enlèvements étaient directement liés à l’exploitation de cette base de données, pour un butin total de 17,1 millions de dollars.

La brèche a été attribuée au groupe de hackers ShinyHunters. Waltio n’a confirmé l’incident que le 23 janvier 2026, soit un mois après sa mise en vente sur le dark web. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire confiée à l’Unité nationale de cybercriminalité.

⚠️ Le gouvernement français a émis des alertes spécifiques, avertissant que des criminels pourraient se faire passer pour des agents des forces de l’ordre pour cibler les victimes de la fuite.


Un phénomène mondial, mais la France en première ligne

Selon les données compilées par Jameson Lopp, directeur de la sécurité chez Casa, les attaques physiques contre les détenteurs de cryptomonnaies ont bondi de 169% en 2025 par rapport à l’année précédente, avec plus de 225 cas vérifiés dans le monde. Au total, environ 72 agressions avérées ont été recensées en 2025 à l’échelle mondiale, dont 19 en France — soit plus du double du nombre enregistré aux États-Unis.

Selon la firme de sécurité blockchain CertiK, la France concentre à elle seule une part disproportionnée de ces incidents. Les invasions de domicile représentent environ 25% des cas, les enlèvements 23%, et deux tiers des attaques réussissent.

Pourquoi la France est-elle si ciblée ?

  • Les fuites de données (Waltio, Ledger en 2020) qui offrent aux criminels des listes de cibles avec noms, adresses et estimations de patrimoine crypto
  • Le recrutement de jeunes assaillants via les réseaux sociaux, parfois mineurs, rémunérés aussi peu que 10 000 dollars par les commanditaires à l’étranger
  • Le profil des commanditaires souvent établis hors de France (Maroc, pays non coopératifs), rendant les poursuites complexes
  • L’absence de condamnations définitives à ce jour, ce qui peut encourager de nouveaux criminels
  • La réglementation DAC8 qui impose depuis le 1er janvier 2026 une divulgation des données personnelles des investisseurs crypto aux autorités fiscales européennes, augmentant potentiellement les risques de fuites

Le profil des criminels : jeunes, recrutés en ligne, mais organisés

Les enquêtes révèlent un mode opératoire récurrent : les commanditaires sont des criminels expérimentés opérant depuis l’étranger, tandis que les exécutants sont de jeunes individus, souvent âgés de 16 à 23 ans, recrutés via des messageries cryptées. Ces « petites mains » effectuent les enlèvements, les surveillances et la logistique, tandis que les cerveaux restent à distance.

Les méthodes se sont professionnalisées : surveillance préalable des victimes et de leurs familles, utilisation de vidéos de sévices pour accélérer le paiement, choix de cibles « collatérales » (parents, conjoints, enfants) plutôt que le détenteur de crypto lui-même.


🛡️ Comment se protéger ?

Face à cette menace croissante, les experts en sécurité recommandent plusieurs précautions essentielles :

  • 🔇 Ne jamais afficher publiquement ses avoirs en cryptomonnaies, notamment sur les réseaux sociaux
  • 🔐 Utiliser des portefeuilles multisignatures avec des clés de signature géographiquement séparées
  • 🛡️ Protéger ses données personnelles et se méfier des plateformes qui centralisent des informations sensibles
  • 💼 Mettre en place un « portefeuille leurre » avec un montant limité à transférer en cas de contrainte
  • 📞 Contacter les forces de l’ordre via le 17 ou le ComCyberMI en cas de suspicion de menace
  • 🎓 Profiter des briefings sécurité proposés par le GIGN, le RAID ou la BRI pour les professionnels du secteur

« Ces enjeux dépassent les cryptoactifs. Ils concernent tous les entrepreneurs, et plus largement, tous les Français qui se battent pour leur avenir. Personne ne devrait avoir à se cacher ou à craindre pour son intégrité physique simplement parce qu’il a réussi. »

Éric Larchevêque, cofondateur de Ledger

Conclusion

La France est confrontée à une crise sécuritaire sans précédent dans le secteur des cryptomonnaies. Entre fuites de données massives, recrutement de jeunes délinquants via les réseaux sociaux et commanditaires insaisissables à l’étranger, le phénomène des « cryptorapts » a pris une ampleur qui dépasse désormais le cadre des finances numériques pour toucher au cœur de la sécurité physique des citoyens.

La création du PNACO, les mesures d’urgence du ministère de l’Intérieur et le renforcement de la coopération internationale constituent des réponses prometteuses, mais l’absence de condamnations définitives et la persistance des fuites de données restent des défis majeurs à relever. La vigilance individuelle, combinée à une réponse institutionnelle forte, est plus que jamais indispensable.


⚠️ Avertissement : Cet article est publié à titre exclusivement informatif et pédagogique. Il ne constitue en aucun cas un conseil financier, d’investissement ou juridique. Les informations présentées sont basées sur des sources publiques disponibles au moment de la rédaction. CryptoInfo.ch décline toute responsabilité quant aux décisions prises sur la base de cet article.

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