En seulement 41 minutes, un pirate a vidé 1 196 portefeuilles matériels Coldcard de 1 082,65 bitcoins, soit environ 70 millions de dollars, sans jamais toucher aux appareils des victimes. L’attaque, survenue le 30 juillet 2026, exploite une faille dans le micrologiciel des Coldcard qui réduit à néant l’entropie censée protéger les clés privées.
🔑 En bref
- 1 082,65 BTC (≈70 M$) volés entre 01h10 et 01h51 UTC le 30 juillet 2026
- 1 196 portefeuilles Coldcard affectés selon Galaxy Research, soit plus du double des premières estimations
- Faille dans le générateur de nombres aléatoires : le hardware RNG était ignoré au profit d’un fallback logiciel
- Coinkite demande la mise à jour vers firmware 5.6.0+ (Mk4/Q/Mk5) et 4.2.0+ (Mk3)
- Le pirate a utilisé un service blockchain payant, ce qui a permis à Block de remonter jusqu’à lui
Une attaque minutée, sans contact physique
Le 30 juillet 2026, entre 01h10 et 01h51 UTC, un opérateur non identifié a réussi à siphonner les fonds de près de 1 200 portefeuilles matériels Coldcard en l’espace de 41 minutes. Selon le rapport complet publié par Galaxy Research, six blocs de la blockchain Bitcoin ont été utilisés pour transmettre les transactions, séparés par trois blocs vides. Cette séquence suggère que les paiements ont été envoyés par lots plutôt qu’en continu. Au total, 1 082,65 bitcoins ont été transférés, puis regroupés sur quatre adresses de destination qui n’ont pas bougé depuis l’attaque.
Le montant final, évalué à environ 70 millions de dollars au cours du moment des faits, est presque le double des 38 millions initialement rapportés par certains médias dans les premières heures. Galaxy Research explique cet écart par le fait que les premières dépêches n’avaient identifié qu’une seule des adresses de destination : bc1qnk, identifiée par la firme d’analyse Lookonchain, qui a reçu à elle seule 594 bitcoins, soit environ 38,5 millions de dollars. Le solde provenait des trois autres adresses, passées sous les radars lors des premières estimations.
Le décompte des victimes a également été revu à la hausse. Alors que plusieurs sources parlaient initialement de 500 portefeuilles vidés, Galaxy Research en a recensé 1 196. Parmi eux, 1 183 utilisaient le format natif segwit, sept un standard plus ancien (P2PKH) et six un standard encore antérieur (P2SH). Cette diversité de formats au sein d’une seule attaque évoque une énumération systématique des seeds vulnérables, plutôt qu’un ciblage individuel de victimes fortunées.

Une faille dans le générateur aléatoire
La méthode employée repose sur une vulnérabilité du micrologiciel des Coldcard. En temps normal, ces appareils génèrent des clés privées à partir d’un nombre aléatoire tellement vaste (256 bits d’entropie) qu’aucun ordinateur actuel ne pourrait l’énumérer en un temps raisonnable. Mais une erreur de configuration dans le firmware a fait en sorte que le générateur de nombres aléatoires matériel (hardware RNG) était purement et simplement ignoré, au profit d’un substitut logiciel basique.
Ce fallback s’appuyait sur deux éléments faciles à reproduire pour un attaquant : le numéro de série de la puce (une métadonnée fixée en usine) et les registres d’horloge au moment de la génération de la seed. Un assaillant pouvait mesurer ces valeurs d’horloge sur son propre appareil, au même moment, et obtenir un résultat identique à celui de la victime.
| Modèle | Entropie effective | Niveau de risque | Firmware requis |
|---|---|---|---|
| Mk2 | Déterministe | Total | Obsolète |
| Mk3 | Déterministe | Total | 4.2.0+ |
| Mk4 | ≈ 4 milliards | Élevé | 5.6.0+ |
| Q | ≈ 4 milliards | Élevé | 5.6.0+ |
| Mk5 | ≈ 4 milliards | Élevé | 5.6.0+ |
Les conséquences en termes d’entropie sont considérables. Sur les modèles Mk2 et Mk3, la génération de clés est devenue complètement déterministe : un même numéro de série couplé à un même état d’horloge produit toujours la même seed. Sur les modèles plus récents (Mk4, Q, Mk5), Galaxy Research estime que l’espace de recherche reste limité à environ 4 milliards de possibilités. Un chiffre qui peut paraître énorme pour un humain, mais qu’un ordinateur moderne balaye en quelques heures avec un script bien écrit.
Le processus complet s’est déroulé entièrement sur la machine du pirate : génération de seeds candidates, dérivation des adresses correspondantes, puis vérification contre la blockchain publique. À aucun moment l’appareil de la victime n’a été sollicité : il aurait pu se trouver éteint dans un coffre-fort, sur un autre continent, sans que cela ne change rien au résultat final.
L’erreur fatale du pirate
Malgré la sophistication technique de l’attaque, l’opérateur a commis une maladresse qui a permis son identification. Clay Garrett, employé de Block (anciennement Square), a expliqué sur le réseau social X que les enquêteurs avaient remarqué un schéma inhabituel dans les balayages préalables au drainage. Le pirate utilisait un compte payant auprès d’un fournisseur connu de services blockchain pour interroger les adresses source pendant qu’il cherchait des seeds vulnérables.
« Au cours de notre enquête sur le drainage des Coldcard hier, nous avons identifié un schéma inhabituel dans les balayages. Ce schéma nous a menés à une hypothèse qui a depuis été confirmée : l’opérateur a utilisé un compte payant auprès d’un fournisseur connu de services blockchain pour interroger les adresses source pendant les scans. »
Clay Garrett, Block
Les logs internes du fournisseur correspondaient au flux de travail suspect avec, selon ses termes, une « spécificité extraordinaire », y compris dans le nombre, le timing et la séquence des requêtes. Block a transmis l’ensemble des informations aux autorités compétentes. Le détail laisse perplexe : un attaquant aussi méthodique dans la reproduction d’états de firmware n’aurait sans doute pas dû laisser une telle trace dans un service tiers identifiable.
Réaction de Coinkite et conséquences de marché
Coinkite, le fabricant des Coldcard, a publié un avertissement de sécurité demandant à tous les utilisateurs de mettre à jour leurs appareils : les Mk4 et Mk5 vers la version 5.6.0 ou supérieure, les Q vers la même version, et les Mk3 vers la version 4.2.0 ou plus récente. Le message était sans ambiguïté : « Ne créez pas une nouvelle clé d’accès sur aucun de ces modèles jusqu’à ce que la mise à jour soit installée. » Coinkite a par ailleurs estimé que les modèles Mk4, Q et Mk5 n’étaient pas affectés par la faille initiale, bien que le rapport conjoint de Galaxy Research et Block évoque aussi des vulnérabilités sur ces modèles.
La firme a précisé qu’une seed affectée sur Mk3, combinée à une phrase de passe BIP-39 (un mot de passe supplémentaire ajouté à la seed de 12 ou 24 mots), aurait neutralisé le risque. Elle recommande aux utilisateurs concernés de migrer leurs fonds vers un nouveau portefeuille, tout en insistant sur la nécessité d’agir avec calme et méthode plutôt que dans la précipitation.
Sur les marchés, le 31 juillet, le bitcoin a reculé de 2,67 % pour s’établir à 63 054,01 dollars, tandis qu’Ethereum perdait 2,84 % à 1 864,99 dollars, selon les données de Binance. Les actions Coinbase ont dévissé après la publication de résultats trimestriels inférieurs aux attentes, marquant leur troisième trimestre consécutif dans le rouge. Strategy (anciennement MicroStrategy) a également fait état d’une perte liée à la dépréciation de ses avoirs en bitcoin.
Dans ce contexte chahuté, les ETF Bitcoin spot ont pourtant enregistré 233,1 millions de dollars d’entrées nettes le 30 juillet, soit le plus important volume depuis le 6 juillet, selon les données de CoinGlass. Pour Rania Gule, analyste chez XS.com, ce signal montre que « les investisseurs institutionnels n’ont pas abandonné le marché », même si une performance plus robuste des ETF sera nécessaire pour sortir le bitcoin de sa fourchette de négociation actuelle.
Un coup dur pour la culture de l’auto-garde
Au-delà des chiffres, l’incident a fragilisé la confiance d’une partie de la communauté. Sur Reddit, un utilisateur a déclaré que l’épisode avait « tué la foi de nombreux bitcoiners », le comparant à l’effondrement de FTX en 2022. Un investisseur a témoigné avoir perdu 0,79 bitcoin, soit environ 51 000 dollars, sur sa Coldcard. Jameson Lopp, cofondateur de Casa (société spécialisée dans l’auto-garde), a indiqué avoir été contacté par plusieurs utilisateurs affectés.
Maurício Magaldi, fondateur du podcast BlockDrops, a formulé une mise en garde plus structurelle : « Le risque d’être votre propre banque, comme le défendent les enthousiastes de la crypto, est le même que d’être une banque. L’auto-souveraineté requiert encore un grand domaine technique, et le dilemme entre expérience utilisateur conviviale et sécurité n’a pas encore été résolu. »
« Il n’existe pas de test qui puisse être réalisé sur son propre portefeuille pour révéler si sa seed est dans l’intervalle reproductible. »
Galaxy Research, rapport sur l’incident
Galaxy Research a alerté sur un risque de nouvelles vagues de vols si les propriétaires de Coldcard ne déplaçaient pas leurs fonds. Surtout, l’entreprise souligne qu’il n’existe aucun test qu’un utilisateur peut réaliser sur son propre appareil pour savoir si sa seed figure dans l’intervalle reproductible. Cette opacité transforme chaque Coldcard non migrée en bombe à retardement potentielle.
Conclusion
Fondée en 2017 par Peter Gray et Rodolfo Novak, la Coldcard s’était imposée comme l’un des appareils de prédilection des Bitcoiners attachés à la sécurité maximale. L’attaque du 30 juillet 2026 démontre qu’aucun portefeuille matériel n’est infaillible, et qu’une faille de firmware peut suffire à transformer un coffre-fort numérique en passoire, sans même que l’attaquant n’ait à toucher l’appareil.
Pour les détenteurs de Coldcard, la priorité est claire : mettre à jour le firmware, migrer les fonds vers une nouvelle seed générée sur un appareil patché, et envisager l’ajout d’une phrase de passe BIP-39 comme couche de protection supplémentaire. À plus long terme, l’épisode pose une question de fond sur la résilience du modèle d’auto-garde : la promesse de souveraineté totale ne vaut que si l’utilisateur dispose du bagage technique pour vérifier lui-même l’intégrité de ses outils, et pas seulement la marque du fabricant.
Sources
Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

