BitRiver : Igor Runets placé en détention provisoire pour fraude

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Igor Runets, fondateur de BitRiver, premier opérateur de mining de Bitcoin en Russie, a été placé en détention provisoire le 22 juillet par un tribunal moscovite. Cette décision fait suite à de nouvelles accusations de fraude portant sur un contrat de 7,9 millions de dollars d’équipements jamais livrés à une filiale du groupe énergétique En+.

🔑 En bref

  • Igor Runets, fondateur de BitRiver, transféré en détention provisoire le 22 juillet 2025
  • Nouvelles accusations de fraude en bande organisée pour un contrat de 7,9 M$ non honoré
  • Le litige oppose Fox Group à Infrastructure of Siberia, filiale du groupe En+
  • Fox Group fait l’objet d’une procédure de surveillance judiciaire depuis janvier 2026
  • BitRiver reste sous sanctions américaines depuis avril 2022

Du domicile à la détention provisoire : un dossier qui s’accélère

Le tribunal districtuel de Zamoskvoretsky à Moscou a tranché le 22 juillet 2025 : Igor Runets, fondateur et directeur général de BitRiver, est transféré depuis son domicile vers un centre de détention provisoire pour une durée minimale de deux mois. Cette décision marque un durcissement notable des mesures préventives appliquées à l’entrepreneur, qui était assigné à résidence depuis le 30 janvier.

Les enquêteurs avaient requis cette mesure plus stricte, invoquant le risque que Runets puisse influencer des témoins, selon des documents judiciaires relayés par bits.media et Forbes Russia. Le tribunal a suivi ces réquisitions, signe que la justice russe considère que l’assignation à domicile ne suffit plus à garantir le bon déroulement de la procédure.

Un contrat de 7,9 M$ au cœur de l’accusation

Les nouvelles charges retenues contre Runets relèvent de la partie 4 de l’article 159 du Code pénal russe, qui sanctionne la fraude en bande organisée portant sur un montant particulièrement élevé. L’enquête allege que Fox Group, la société contrôlée à 98 % par Runets, a conclu en 2023 un contrat de fourniture d’équipements de mining de cryptomonnaies avec Infrastructure of Siberia, une entité du groupe énergétique et sidérurgique En+.

Le tableau ci-dessous résume les principaux éléments financiers du dossier :

ÉlémentDétail
PartiesFox Group (vendeur) / Infrastructure of Siberia (acheteur)
Année du contrat2023
Montant du contrat> 8 millions USD
Équipements concernésAntminer S19k Pro et autres ASIC
Acompte versé7,9 millions USD
Délai de livraison32 jours
Préjudice estimé~1 milliard de roubles (12,5-13 M USD)

Selon Forbes Russia, qui cite RBC et des pièces du dossier, Infrastructure of Siberia aurait transféré plus de 7,9 millions de dollars d’acompte, avec une échéance de livraison fixée à 32 jours. Les enquêteurs affirment que les équipements n’ont jamais été livrés et que le paiement n’a pas été restitué. Runets avait pourtant affirmé en mai 2025 que le matériel avait bien été livré et que Fox Group ferait appel. Cette contradiction forme aujourd’hui le cœur du dossier pénal.

« Le contrat portait sur plus de huit millions de dollars de machines de minage, notamment des unités Antminer S19k Pro, dont la livraison n’a jamais été documentée. »

Document judiciaire cité par Forbes Russia

De la coentreprise Bit+ au contentieux civil avec En+

Le conflit n’est pas né d’un coup de théâtre : il s’inscrit dans une relation commerciale ancienne entre BitRiver et En+. En novembre 2020, les deux groupes avaient officialisé Bit+, une coentreprise destinée à exploiter des installations de mining de Bitcoin alimentées par l’hydroélectricité dans la région d’Irkoutsk, en Sibérie. En+ communiquait alors sur BitRiver comme « le plus grand centre de données de Russie offrant des services de colocalisation pour les mineurs de Bitcoin », En+ se chargeant de l’approvisionnement électrique.

Le contentieux a d’abord été tranché sur le terrain civil. En avril 2025, le tribunal d’arbitrage de la région d’Irkoutsk a condamné Fox Group à verser 954,4 millions de roubles à Infrastructure of Siberia au titre de l’acompte non honoré, tout en gelant certains fonds et équipements pendant l’examen du dossier.

L’effondrement financier de Fox Group et les poursuites fiscales parallèles

Sur le plan financier, la situation de Fox Group, qui détient 98 % de BitRiver, s’est sérieusement dégradée. La société fait l’objet de procédures collectives depuis janvier 2026 : un tribunal commercial de l’oblast de Sverdlovsk a ouvert une procédure de surveillance judiciaire fin janvier, quelques jours avant la première arrestation de Runets, en raison d’une dette d’environ 700 millions de roubles (~9,2 M USD) liée à un autre contrat d’équipements non honoré. Forbes rapporte qu’en mai, le tribunal a converti la procédure en liquidation après la demande de remboursement d’Infrastructure of Siberia.

En parallèle, en juin, un tribunal moscovite a gelé les participations de Runets dans Fox Group et dans plusieurs entités liées à BitRiver, le temps de l’examen des actifs. Selon le quotidien économique Kommersant, BitRiver avait commencé à réduire ses effectifs et à retarder les salaires dès fin 2024. Fin 2025, environ 80 % de la direction avait quitté l’entreprise, plusieurs bureaux avaient fermé et du matériel ainsi que des documents corporate — y compris des registres sociaux — avaient été retirés des locaux.

À ce dossier s’ajoutent des poursuites pour évasion fiscale ouvertes en janvier, sur le fondement de l’article 199.2 du Code pénal russe (dissimulation de fonds en vue d’éluder impôts et cotisations), une infraction passible de trois ans d’emprisonnement. Plusieurs procédures ont depuis été fusionnées, justifiant l’assignation à résidence prononcée début février.

Un impact direct limité sur le marché, mais un signal pour l’industrie

BitRiver reste une entreprise privée et ne dispose d’aucun jeton coté : la détention de son fondateur ne déclenche donc aucune réaction directement mesurable sur les marchés de cryptomonnaies. Le groupe reste néanmoins sous sanctions américaines depuis avril 2022, lorsque le Trésor américain avait sanctionné BitRiver AG et dix filiales russes — une première pour une entreprise de mining — au motif que ces sociétés pouvaient aider la Russie à monétiser ses ressources énergétiques après l’invasion de l’Ukraine.


Conclusion

Le placement en détention provisoire d’Igor Runets accélère la spirale judiciaire autour de BitRiver, déjà fragilisé par une procédure de liquidation, des gels d’actifs et une hémorragie managériale. Si la défense maintient que les équipements ont été livrés, les enquêteurs disposent à ce stade d’éléments documentaires et de transferts financiers qui orientent le dossier vers un procès pour fraude en bande organisée.

À court terme, l’issue du procès civil d’Irkoutsk et la procédure de liquidation de Fox Group détermineront si BitRiver peut survivre sous une forme allégée. À plus long terme, ce dossier illustre les tensions croissantes entre les ambitions industrielles du mining russe, le cadre judiciaire national et les sanctions internationales qui pèsent sur les opérateurs du secteur.

Sources

Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Faites vos propres recherches (DYOR) avant toute décision.

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Passionné de nouvelles technologies, j’explore l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies pour partager l’actualité et les innovations du secteur.

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